En cherchant bien, vous devinerez aussi ceux qui manquent, qui sont restés tus, qui ne seront pas lus, que ce moins nous aurait plu !


Les secondes de la nanoteuf

J’ai aimé organiser tout cela pour vous : il a fallu vous inviter, vous demander d’apporter à boire, vous proposer de faire la cuisine, vous inciter à écrire… que de travail ! Mais ça valait la peine !

Je me demande si les nanoteufs sont suivies de nanogueules de bois. Vu ce que j’ai porté au récup-verre, je ne pense pas. Je veux dire : pas nano, les gueules de bois.

Je suis heureux que tous ceux qui sont venus soient venus, et je pense à chacun.

Je regrette que la division produise un quotient si ridicule quand on augmente le dénominateur et que, en conséquence, j’aie consacré si peu de temps à chacun, alors que je vous vois si peu souvent.

Je regrette tous les absents, alors que leur présence aurait aggravé ledit dénominateur.

J’aime toujours les paradoxes.

J’aimerais que cette énumération décousue apporte à tous les absents un reflet de la fête, leur permette d’y participer un peu, par cette étrange propriété de l’âme à entrer en résonance. Et je voudrais aussi qu’ils regrettent un peu.

J’ai aimé que tous ces inconnus les uns aux autres ne soient pas pour autant des étrangers.

J’ai aimé être un point commun.

J’ai aimé être aimé.

J’ai aimé être.

Ça me rappelle la fête de mon trentième anniversaire. Et l’enterrement de « ça va encore durer longtemps ? » sur FMR.

J’ai aimé que vous soyez là pour moi. Que vous ayez des mots pour moi.

Je n’ai pas osé insister pour que chacun dise sa remembrance. Je sais que plusieurs avaient préparé quelque chose qu’ils ont préféré garder pour eux-mêmes, parce que… ou bien parce que… J’ai bien fait. J’ai eu tort. Merci à chacun pour les mots dits, pour les mots tus. Un écho :

Là-haut


Une coquille ML (son site)

Une coquille
me rappelle
que j’aurai peut-être un jour 84 ans

Samedi soir. Parce que j’ai la flemme de l’accompagner à un rendez-vous plus haut dans la ville, j’attends un ami dans un bar. Glauque. Bruyant. Enfumé par les paninis qui crament. Désœuvrée, j’attrape le Paru Vendu qui traîne. Encarts de publicité, petites annonces diverses, immobilières, matrimoniales. Lecture ennuyée, je n’ai rien à vendre, je n’ai rien à acheter, je lis donc tout. En page 2, une publicité pour la SPA. « Adoptez-la ! Femme griffon noire 5 ans, aimable avec les humains. » La coquille est énorme, la griffon noire bien frêle.

J’enchaîne avec les petites annonces rencontres. « Femme 84 ans, alerte, autonome, rencontrerait homme même profil pour petit bout de chemin ensemble » ou celui-ci qui « avec le charme de ses 60 ans, vous séduira. » J’essaye d’imaginer le charme des 60 ans, je n’y arrive pas, encore quadragénaire.

En lisant leurs bouteilles à la mer, je convoque ces hommes, ces femmes parquées entre les lignes, coincés entre des publicités pour rencontres torrides au tél ou agences de femmes certifiées russes. Des multitudes de solitudes à adopter, accompagner ; plus ou moins aimables, plus ou moins fringantes. Des femmes, des hommes, des cœurs, des corps, esseulés. Sans limite d’âge, sans péremption, quête infinie de frissons.

Je me souviens avoir pioché dans ces annonces et les avoir proposées comme trames lors d’ateliers d’écriture. D’un côté un homme, de l’autre, une femme; deux attentes, une rencontre, un lieu ; brassez, tirez une carte au hasard et imaginez la suite, démiurges occasionnels.

De retour, l’ami me fait remarquer que j’ai l’air absente, ailleurs.

— Tu crois que je serai encore aimable à 84 ans ?

— Comme au premier jour.

— Tu crois qu’un jour, je devrais adopter un mâle griffon noir pour ne pas être dévorée vive par la solitude?

— Impossible, tu préfères les chats.

— Et bien alors, un chat mâle noir ?

— Tu l’as déjà.

J’étais donc rassurée.

Là-haut


Partager ces « plaisirs solitaires » La Vespérale Estelle

Cher Rodolphe

Je t’avoue que les fêtes m’ont toujours fait un peu peur. Longtemps les mots n’ont pas voulu sortir de ma bouche, alors les communiquer à des inconnus relevait d‘une épreuve insurmontable. Autant dire que les rassemblements collectifs, la liesse du 14 juillet, le carnaval et même la fête de la musique, très peu pour moi…

Que de longues soirées ennuyeuses j’ai passées. Je tuais le temps en regardant le mobilier, les couleurs des tableaux et je me demandais ce que cela pouvait raconter sur les propriétaires des lieux. Parfois je dévisageais les personnes assemblées. Certaines m’étaient naturellement sympathiques, d’autres franchement hostiles. À quoi cela tenait-il ? Je ne sais. Parfois quelqu’un m’adressait la parole. Sans attendre la fin de sa réplique, j’acquiesçais par politesse, en souriant, puis je replongeais dans ma léthargie. Cet individu n’insistait pas. Cet individu n’existait pas.

En prenant de l’âge et l’expérience de parent aidant, mes craintes se sont dissipées. Je suis même parvenue à adopter un ton détaché pour aborder, sans totalement renoncer à cette phrase magnifique de Breton « Je ne fais pas état des moments nuls de ma vie » (Nadja), des sujets commodes, les caprices de la bourse, la chute de l’immobilier quoique les biens bien placés résistent, le dérèglement climatique et cependant le dernier livre de Claude Allègre remet un peu les choses en place, les écologistes n’ont pas forcément raison, le dernier film qui a obtenu tant de Césars quoique certaines scènes soient d ‘une grande violence mais la récompense est méritée… etc etc.

Et puis cette invitation à célébrer la nanoteuf artaldorodolphienne consacrant le çmr 100 est arrivée par la voie des transmissions internettiennes. Il s’agissait de rencontrer des gens qui ouvrent leur boîte le dimanche soir et lisent des mots liés à des réminiscences, le maître appelle ça des remembrances je crois, oui, c’est cela et si nous aussi on pense à quelque chose en association on se met à notre tour à taper sur le clavier et on déroule… Partager ces « plaisirs solitaires » l’espace d’une soirée, oui, l’idée était réjouissante. On aurait pour une fois quelque chose à entendre ou à voir, un peu inattendu, un peu mystérieux.

Rodolphe je te remercie pour cette initiative, l’idée de lire et l’idée d’écrire à son tour. Je souhaite que ceci dure encore très très longtemps.

Là-haut


La cédille Alain R.

Rodolphe, j’ai quelque chose à te dire.

Parfois les samedi soir très tard ou les dimanche matin très tôt quand je me dirige d’un pas hésitant vers les toilettes je croise mon ordinateur en veille et je lui secoue généralement la souris d’un petit coup. Quand l’écran se rallume j’aperçois parfois une cédille aime air dans ma boite de réception.

Oui, il faut que je te dise qu’en dépit du fait que tu sembles les appeler CMR, j’avais commencé à les nommer mentalement cédille M R et donc de leur attribuer le genre féminin si tu es d’accord.

Donc sur le chemin des toilettes je lis l’enveloppe et en fonction du ratio titre racoleur sur remplissage de la vessie, je m’assied pour lire le texte ou poursuit mon chemin. Mais de plus en plus souvent dernièrement, il n’y a rien quand je passe. Je m’inquiète alors et une fois dans les toilettes, je gamberge… Selon l’heure j’essaye d’imaginer ton activité :

— à minuit dix, tu es en train de peaufiner le texte d’accompagnement du fichier pdf,

— à 2 heures du mat, tu donnes un biberon à un bébé bruyant d’une main et tapes sur le clavier de l’autre,

— à 4 heures, tu reviens d’une fête et tu sélectionnes lequel de tes petits bouchons tu vas lancer dans la nuit.

Mais quand, au petit matin il n’y a toujours rien (ou que la pièce jointe est toujours manquante), j’imagine le pire, mais n’exclue pas complétement l’hypothèse que tu ais eu plus urgent à faire.

Quand j’ouvre le document, soit en revenant des toilettes, soit plus tard donc, j’ai l’impression de déballer un petit bonbon de son papier argenté. Il y a trois sortes de cédilles aime air selon moi, réparties en égales proportions.

— Celles qui me déclenchent un sourire intérieur très paisible et agréable,

— Celles qui me confirment que tu ne recules devant vraiment rien pour faire l’intéressant devant les filles,

— Celles qui provoquent un petit arc électrique entre les mots sur l’écran et de vieux souvenirs enfouis : de pisser sous la douche à José Arthur ou Barbara en passant par Pondorly, merci de ces petites étincelles bien délicieuses et pour le reste aussi.

Continue comme ça, avec une cédille… sinon ça fait komka…

Là-haut


Un bouquet VB

Un bouquet de fleurs me rappelle que tu fus le premier gentleman à m’en offrir :-) Voilà, un petit çmr pour combler mon absence de samedi soir.

Là-haut


Conjoncturo-Ectoplasmie — le fantôme du Pr Tchouff (son site)

Cours de Conjoncturo-Ectoplasmie no 280407 par le fantôme du Pr Tchouff pour les Éphémères de St-Pierre

« Non à l’expulsion » ou « ZOZ A l’ESPLUXION » comme c’est écrit sur la pancarte ou
de « l’interaction fugo-centriste dans l’application Krisalido-ephemere au bord d’un canal à gauche en venant de Garonne. »

Spécial dédicace à Rebecca et Aymé installés pour toujours (in extremis, ad æternam)
dans la maison éclusière du 5 allées de Brienne à Toulouse.

En ces temps électifs et néanmoins troublants où la droite la dispute à la droite perturbée elle-même par la droite.
Ah oui, on avait pas de politipanique (Ventrecouillu comme dirait le Saperleau, Chattemouillé comme pourrait suggérer Morvianne, Extravasecutérine comme pourrait crier Apostasie).

Ça me les brise comme je dis souvent.

« Non à l’expulsion » ou « ZOZ A l’ESPLUXION » comme c’est écrit sur la pancarte.

Une petite définition de l’ESPLUXION qui nous permettra de comprendre enfin l’écheveau emmêlé
par ces jours et nuits de bord de canal en chemise de brique rose.
En ce 28e jour du 7e cadran de la 5e lune de l’année du Concombre
Cet événement inopiniâtre et néanmoins prévisible est en cours.

ESPLUXION : E, S (Essssssssse), P, L, U (hueeee), X (itske), I, O (hoooo), N (haine)

Substantif à l’imparfait du fugitif féminin singulier (merci REBECCA) ce terme exprime un événement compulsif intrinsèque et aléatoire qui nuit profondément à l’introversion systématique, pacifique et bienveillante (Merci AYME)

« Non à l’expulsion » ou « ZOZ A l’ESPLUXION » comme c’est écrit sur la pancarte.

Pourquoi ZOZ, me direz-vous ?

Dans le frais cresson bleu, regardez le dormir, ce NON couché, blessé, un trou rouge au côté droit comme dirait Arthur
(un pote à moi que je consulte chez les spirites, homosexuel, pornographe, marchand d’armes, amputé mais jamais mort)
Se redressera-t-il pour bousculer ce futur fugiforme probable ou mourra-t’il, brûlé à l’énergie de ces centaines de personnes venues, curieuses,
s’épanouir et accompagner en carnaval ces éphémères.

« Non à l’expulsion » ou « ZOZ A l’ESPLUXION » comme c’est écrit sur la pancarte.

En vérité (Ma parole ) le Pr Tchouff vous le dit, baignez-vous encore dans ce bain de jouvence, profitez du cocon jusqu’aux lueurs du jour,
bâtissez vos cathédrales d’amour, rendez-vous éternels, offrez les poireaux de vos jardins. (enfin ceux qui n’ont pas été trucidés dans la nuit du crime incertain)

Remerciez sans fin ceux par qui ces rencontres éphémères sont possibles. Encourageons-les à recommencer.

« Non à l’expulsion » ou « ZOZ A l’ESPLUXION » comme c’est écrit sur la pancarte.

Serge AKA Pr Tchouff ou du moins son fantôme (radio FMR — TOULOUSE 1988-1999)

Là-haut


La mort de Jean Ferrat Calou

La mort de Jean Ferrat, utilité sociale de la semaine me renvoie à la perte d’une amitié sonore. Le fenestron n’étant pas mon obsession, je me prends à écouter la télé et chanter avec le mort toutes ses chansons. Et oui je suis née dans les années FERRAT, enfant de la dernière guerre coloniale, Ferrat apaisait mon père que je prenais pour un vrai-emmerdeur et faux héros.

J’ai compris qu’il taisait ou mal-disait ses souffrances, et que l’interprète choisit correspondait à une volonté de guérison par les mots.

L’homme n’est que le discours qui le différencie de l’animal, aussi pour nous retrouver je vous propose de chanter ensemble, un peu d’œcuménisme dans cette époque en manque de partage.

”lls quittent un à un le pays
Pour s’en aller gagner leur vie
Loin de la terre où ils sont nés
Depuis longtemps ils en rêvaient
De la ville et de ses secrets
Du formica et du ciné
Les vieux ça n’était pas original
Quand ils s’essuyaient machinal
D’un revers de manche les lèvres
Mais ils savaient tous à propos
Tuer la caille ou le perdreau
Et manger la tomme de chèvre

Refrain :

Pourtant que la montagne est belle
Comment peut-on s’imaginer
En voyant un vol d’hirondelles
Que l’automne vient d’arriver ?

Avec leurs mains dessus leurs têtes
Ils avaient monté des murettes
Jusqu’au sommet de la colline
Qu’importent les jours les années
Ils avaient tous l’âme bien née
Noueuse comme un pied de vigne
Les vignes elles courent dans la forêt
Le vin ne sera plus tiré
C’était une horrible piquette
Mais il faisait des centenaires
À ne plus que savoir en faire
S’il ne vous tournait pas la tête

Au refrain

Deux chèvres et puis quelques moutons
Une année bonne et l’autre non
Et sans vacances et sans sorties
Les filles veulent aller au bal
Il n’y a rien de plus normal
Que de vouloir vivre sa vie
Leur vie ils seront flics ou fonctionnaires
De quoi attendre sans s’en faire
Que l’heure de la retraite sonne
Il faut savoir ce que l’on aime
Et rentrer dans son H.L.M.
Manger du poulet aux hormones

Là-haut


L’improviste MHH

Une invitation de Rodolphe
me rappelle
mes premières années à Toulouse

C’était l’époque où nous étions tous étudiants encore. Nous habitions de petits appartements en ville, plus ou moins meublés. Nous y testions nos premières recettes de cuisine, nos nouveaux talents de décorateurs, d’horticulteurs en herbe. Chacun de nous était nouveau ici, et souvent loin de sa région d’origine. Alors la bande des copains prenait peu à peu l’allure d’une famille. Des gens qu’on aime retrouver, de qui on connaît l’histoire passée, le caractère, et pour qui on conserve une pensée bienveillante malgré les différends et les défauts insupportables. De temps en temps, il y avait une soirée chez l’un, chez l’autre, une fête. Mais il y avait surtout un truc irremplaçable et qui a pourtant totalement disparu de ma vie :

Il y avait les visites à l’improviste.

Quelqu’un qui arrive sans prévenir et prend le risque de trouver la porte fermée ou même de venir au mauvais moment. Oui, j’ai la nostalgie de ces visites-là. Plus personne ne vient sans prévenir. Je veille pourtant à laisser toujours ma porte ouverte et je n’ai pas de chien méchant, rien n’y fait.

Voilà pourquoi, très cher Rodolphe, je suis là ce soir, jouant la carte de la surprise, venue te dire que tu peux pousser la porte un soir, nous serons toujours heureux de partager notre repas et quelques petits moments de vie.

Là-haut


Une fenêtre FD

Petit écho à HP

Fenetre_Collioures.jpg

Les fenêtres des chambres d’hôtel
me rappellent
que derrière chacune d’entre elle…

… il y a toujours, quelque part, de nouveaux horizons, de nouvelles promesses.

Ce que j’aime dans ce tableau, peint par Rodolphe, c’est la clarté de l’extérieur. Notre aventure est à l’image de cette peinture. On s’est aimés, le présent, notre vie intérieure s’est voilée, les volets se sont presque fermés mais pas tout à fait, laissent entrevoir un soleil éclatant si l’un et l’autre sortons de notre pénombre.

Et maintenant, il ne reste plus entre deux çmr qu’à se remettre à la peinture pour raconter en couleur ce qui se passe dehors, sous ce soleil éclatant.

Et puisque l’on parle de fenêtre, puisse Rodolphe me fenêtrer encore longtemps et longtemps et longtemps.

Là-haut


La broche Hélène

Cette broche me rappelle un premier grand émoi.

Cette broche a été fabriquée par un artisan que je ne connais pas. Elle représente un arbre, un arbre transparent puisque l’on voit le ciel à travers. Le tronc est petit et le feuillage abondant. Les feuilles ont un contour très précis. Ce sont en fait de vraies feuilles qui ont été incrustées puis enlevées, ce qui donne à notre arbre un beau relief.

Cette broche a vingt-six ans, au moins, puisqu’il y a vingt-six ans, je la recevais des mains de mon premier amour. C’était le premier cadeau de mon premier amour. Et mon premier amour est celui qui vous adresse chaque semaine ses missives çmr.

Là-haut


Ça sent l’esprit des ados Loderlo


Patti Smith - Smells Like Teen Spirit

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