D’ailleurs, s’il y a un mot pour désigner les inachevé(e)s, il n’y en a pas, jusqu’à cet instant du moins, pour « l’indébuté(e) », l’œuvre qui posséderait un corps et une conclusion mais pas d’introduction. « Inentamé » convient plutôt à ce qui n’a même pas débuté, à ce qui est entièrement resté dans les limbes. Je ne vois que John Cage qui aurait pu composer une Symphonie inentamée, de 0 minutes, pas même pour un silence. Le chef viendrait saluer l’orchestre, puis le public, sans même avoir tapé de sa baguette sur son pupitre. On pourrait se coucher tôt.


Chers,

Ce fut une semaine sans commentaires, sans remembrances, sans vent, sans vous. Juste un mot venu des cimes et des forêts que ne dessert pas encore le RER. Préparant le 105, je m’aperçois que 104, c’était deux fois 52, les çmr ont deux ans que je n’ai pas vus, je ne me suis pas souvenu, et vous non plus. La nanoteuf du çmr 100 m’a laissé un bon souvenir (sauf, peut-être, les olives que vous n’avez pas mangées et qui avaient durablement élu domicile dans mon frigo). De 100 à 104, il n’y avait qu’une rainure. Pauvres gosses qui sont nés à quelques jours de Noël et qui reçoivent d’un coup tous leurs cadeaux.

Cela me prive du plaisir de crypter les missives que vous m’envoyez (j’aime assez ce jeu, écrire une ligne que reconnaîtra l’auteur d’une lettre, seul complice, et qui, pour tout les autres, restera le vers perdu d’un poème hermétique). Cela me prive du sentiment d’être l’instigateur de quelque chose.

Pour que cela ne me prive pas du bonheur de créer des liens, en voici un que je visite de temps à autres. Il permet entre autre de réviser les premiers items de la suite des entiers naturels.

Un autre, car je ne me rappelle pas si je vous ai signalé mes deux petites contributions au monument dressé à la gloire du nombre 807.

Cette semaine, le souvenir d’un oubli :

Oublier encore
me rappelle
que j’oubliais déjà

La semaine prochaine, je n’aurai plus peur.