Chères, chers,

Pour la première fois en plus de trois ans, le çmr ne sera pas paru le dimanche. Certes, l’absence du ouiphi dans les zones les moins accessibles du Tarn constitue une circonstance atténuante, mais de retour chez moi, que n’ai-je consacré les quelques heures qui me restaient à vous empaqueter la remembrance du jour ?

Je devais préparer mes bagages pour le lendemain matin, et la perspective d’un lever vers cinq heures assombrissait ma soirée, j’avais la tête ailleurs, entre Cambous et Bristol. Trois ans de routine, de scrupules et d’orgueil (il en faut un peu pour s’imaginer que quelqu’un, quelque part, attend le dimanche pour savoir quels accrocs d’anodin sont venus donner un minuscule relief au plat tissu de ses années), trois ans n’auront pas suffi à ancrer dans ma personne cet automatisme. J’ai oublié de me souvenir.

En fait, ma routine est celle du samedi soir ; selon mon rituel, tout est prêt pour minuit. Même si la loi du çmr m’autorise à faire l’envoi jusqu’à la dernière minute du dimanche, c’est une tolérance dont j’ai rarement usé ; si bien que, dérangé dans mes habitudes par le ouiquenne ouiphiprive, j’ai été déprogrammé. Ce n’est donc pas une défaillance de l’automatisme qui est en cause, mais bien plutôt l’automatisme lui-même qui ne s’est pas ajusté aux circonstances.

C’est un signe, sans doute, qu’il y a dans le çmr une part de manie, et pour cela il faudra bientôt que je m’en défasse. Que je renonce à ces quelques messages qui me font croire que j’ai une importance que n’a pas ma boulangère (alors que ma boulangère, à laquelle mille personnes disent bonjour chaque jour, n’en tire aucune gloire et ne s’imagine pas valoir plus que moi).

Votre silence en témoigne aussi. Autrefois, faute de çmr, les protestations commençaient d’arriver le dimanche à midi. Cette fois-ci, une inquiétude vespérale, pas plus.


Vous ne chômâtes pourtant pas — me donnant par là même l’occasion rare d’employer le double circonflexe au sein d’un mot. Vous vous êtes souvenu de vos riches heures d’autrefois et vous avez déploré les maigres heures d’aujourd’hui. Et vous évoquez les latrines de Perrine. Dans ma correspondance privée, une qui voudrait sasser le temps.

Cette semaine,

Le marché de Figeac
me rappelle
un radis pour aller danser

La semaine prochaine, un air de guitare.